
On connaissait de George Sand la républicaine, la féministe, la mère, mais l’amoureuse s’était effacée derrière l’écrivaine. Stéphane Guégan la restitue dans un roman, sérieux et documenté, toujours empathique pour cette femme rebelle, libre et cultivée.
Mariée assez jeune, Aurore Dupin, échappe ainsi aux obligations économiques de sa mère, mais reste très proche de l’esprit aristocratique de la grand-mère qui a favorisé son enfance libre.
Son premier enfant, Maurice, naît rapidement. Seulement, Aurore commence sérieusement à s’embêter dans sa vie lorsque son amie les invite, elle et son mari, dans les Pyrénées pour découvrir les thermes.
L’atmosphère de ces lieux de bains du début du 19ᵉ siècle a un charme suranné qu’une bourgeoisie oiseuse adore fréquenter, tout en cancanant, notamment, sur les plaisirs de la chair qui alimentent en rêves les esprits. Car Aurore découvre le plaisir à la fois de sa séduction et d’être objet de désir.
Son mari, le baron Camille Dudevant, est un homme rustre qui préfère les plaisirs virils de la chasse aux raffinements intellectuels. Il fréquente une camaraderie masculine avinée et tapageuse dont Aurore se sent profondément éloignée. Leur union s’étiole peu à peu, ouvrant la voie à son émancipation.
Passion d’écrire et amours
Stéphane Guégan dévoile une femme jouant avec ses identités que l’écriture va transformer. Encouragée par son précepteur, elle commence à porter le pantalon pour mieux monter à cheval.
En libérant ses désirs, elle apprend aussi à les assumer. George sait qu’elle séduit et refuse de se soumettre aux conventions de son temps. Elle se donne pleinement à ceux qu’elle aime, tout en revendiquant une liberté rare pour une femme du XIXᵉ siècle. Ainsi, de nombreux hommes, jeunes ou plus âgés, l’accompagnent vers cet idéal romantique.
Parmi les plus connus, il y a eu Sandeau, Prosper Mérimée, Balzac, Alfred de Musset avec « ses tristesses soudaines, ses fièvres inexplicables« , et même « ses coups de folie« , Chopin, le Polonais, exilé et exalté, et ses poumons malades. Il y eut aussi Delacroix et son inséparable chat Cupidon, George déteste pourtant les chats. Et bien sûr, il y eut aussi Marie Dorval. « Son amour des femmes serait-il une entrave à aimer les hommes ? Et vice versa ? » Car, George est une amoureuse tragique qui rapidement se lasse de la routine même de l’amour.
Parce que la passion de George est l’écriture. Au départ, elle se fait à deux, sous pseudonyme. Puis rapidement, elle s’émancipe et devient romancière, dramaturge, épistolière, critique littéraire, et même journaliste. L’essai montre George écrivant jusqu’à quatre heures du matin chaque nuit, certes pour ses romans mais également pour ses activités journalistiques et épistolaires.
À chaque nouvel amour, c’est un livre qui naît. Stéphane Guégan démontre ainsi les liens étroits qui existent entre ses amours et son écriture, les deux semblant se nourrir réciproquement avec avidité. Il l’illustre avec passion, de façon accessible et très agréable.
Le portrait de Stéphane Guégan montre finement la position sociale qu’Aurore Dupin a tenu en devenant George Sand. Complètement intégrée au milieu intellectuel de la première partie du XIXᵉ siècle, elle joue à la fois un rôle d’alerte et de diffusion d’idées progressistes autant politiques que « féministes », terme qui n’apparaît pourtant que beaucoup plus tard.
Portrait fascinant
Stéphane Guégan choisit de nous présenter la femme qui étonne par sa liberté. Il détaille son pouvoir de séduction dont les peintures et les photographies ne rendent pas vraiment compte, je trouve. Mais, surtout, il illustre l’attirance qu’elle produit par sa vivacité d’esprit et son intelligence.
George influence de sa puissance, les conversations, participe à l’effusion d’idées nouvelles et leur propagation. Cet aspect de la personnalité de George est plus effacé dans cet essai romancé.
Toutefois, les conversations, construites certainement à partir des nombreux échanges épistolaires, avec Balzac ou Delacroix, sont ici un vrai plaisir de lecture. Voir cette femme ainsi manier le langage à égalité avec ses grands maîtres est réellement étonnant. Ce portrait est terriblement attachant. En tout cas, moi, il m’a entièrement séduite !
En prenant l’angle particulier de la passion amoureuse, Stéphane Guégan restitue dans Les amours de George la vie d’une femme libre et engagée, figure incontournable du romantisme, certes. Pourtant, cette période porte des idées plus progressistes et avancées que George Sand s’est engagée à faire connaître et à vulgariser. L’égalité sociale est désirée par elle pour une révolution plus profonde mais aussi par ses personnages féminins si socialement avancés.
Plus qu’une simple biographie sentimentale, Stéphane Guégan éclaire la manière dont George Sand a fait de sa vie une œuvre et de son œuvre un instrument d’émancipation. Derrière les passions amoureuses apparaît ainsi une femme de lettres exceptionnelle, qui sut conquérir une liberté intellectuelle et sociale. Complètement intégrée au milieu intellectuel de la première moitié du XIXᵉ siècle, elle participe activement à la circulation des idées progressistes de son temps, autant politiques que féministes, même si ce dernier terme n’apparaît que bien plus tard.
En quelques mots
Stéphane Guégan retrace le parcours amoureux et littéraire de George Sand, née Aurore Dupin. À travers ses passions, ses combats et son œuvre foisonnante, l’auteur révèle une femme libre dont la vie sentimentale nourrit constamment l’écriture. Un portrait vivant, érudit et accessible d’une figure majeure du XIXᵉ siècle.
Puis quelques extraits

Tout en avalant le noir breuvage, elle passe l’hôtel et sa population au peigne fin. À mesure que la salle se remplit, elle entend parler anglais, allemand, italien et même espagnol. Les riches colonies du thermalisme contemporain singent assez facilement la tour de Babel. De l’édifice principal et de son péristyle partent maintes allées en étoile, qui achèvent de planter le décor.
Ce jour-là, quoique furieuse d’être trop bousculée, elle s’était découvert un ascendant sur Aurélien : elle s’était persuadée de son pouvoir sur les hommes, et elle entrevit, sans se l’avouer vraiment, la possibilité d’en connaître d’autres que Casimir.
1789 avait renversé une royauté de dix siècles en trois ans ; il fallut trois jours, du 27 au 29 juillet I830, pour renverser les Bourbons restaurés, fuyant le pavé des combats de manière peu glorieuse.
Publier, fût-ce sous un nom d’emprunt, comme les femmes mariées y étaient tenues, était plus qu’une vieille chimère.
Là, un médiocre entresol à double entrée sert de refuge à deux hommes, Balzac le forçat des lettres et Balzac le Superbe. L’un se contente d’un cabinet de travail réduit, strict nécessaire et au buste galvanisant de Napoléon ; l’autre a meublé ce logis d’employé de bureau en seigneur des lettres. À l’imitation des boudoirs du XVIIIᵉ siècle, les murs sont tendus de soie et bordés de dentelle, écrin joyeux de l’argenterie, de la porcelaine de Chine et de tout un bric-à-brac indescriptible.
Et, encore
S’y porter à s’adorer eux-mêmes, les écrivains ont-ils le pouvoir, d’aimer en dehors deux ?
Attirer Delacroix à la campagne, autant déplacer une montagne d’indécisions. La moindre entorse à ses habitudes de vieux garçon l’épouvante,
Certes, la mode du daguerréotype, en trois ans, a fait des ravages, chacun veut son portrait, son vulgaire simulacre sur plaque métallique. Matricule morbide, pense George, qui a juré qu’on ne I’y prendrait pas. Delacroix a-t-il cédé, et pourquoi? Les dandys sont d’incorrigibles coquettes. Ça, elle le sait, Chopin lui en apporte la preuve quotidiennement. Mais, une photographie encadrée de noir, c’est plus grave que d’exiger du linge blanc et de se parfumer.
Ici en bref




Du côté des critiques : Télérama
Questions pratiques

Les amours de George de Stéphane Guégan
Éditeur : Gallimard X: @Gallimard et Instagram : editions_gallimard – Facebook
Parution : 7 mai 2026 – EAN : 9782073145987 – Lecture en juin 2026

Une biographie passionnante et qui fait comprendre et aimer la femme à travers l’écrivaine ! Tu m’as donné envie de la lire ! Ton billet rejoint notre challenge à Miriam et moi-même, claudialucia, sur Les deux George de la littérature.
Merci bcp d’être passée ici. Et merci d’avoir inclus la chronique dans votre challenge 🙏
Un livre qui doit être passionnant. Je le note. Bonne journée
Un bon moment de lecture et de découverte ! Excellente continuation !
j’ai lu une autre bio sur elle et j’en lirais bien un autre car elle est effectivement un personnage réel incroyable.
Complètement ! Il y a pas mal à découvrir !
En général, je n’aime pas trop les biographies, mais la vie de George Sand doit valoir le détour.
Alors oui, vraiment ! Quelle sacré bonne femme ! 😀
RE-bonjour! je suis en train de rédiger le bilan de Juin de notre Challenge « les 2 George » George Sand et George Eliot que Claudialucia et moi-même suivons depuis quelques mois. Serais-tu intéressée à figurer dans ce bilan-juin puisque nous avions justement mis une biographie de George Sand en lecture commune.
Que vous utilisiez la chronique, pas de soucis! Par contre, suis trop impulsive dans mes lectures pour participer à des challenges ! Merci pour cette proposition ! 🙏
Personnage très intéressant de notre littérature mais aussi du féminisme… Elle a osé assumer ses idées et ses goûts sexuels à cette époque. Elle fut très en avance sur son temps !
Merci pour ton article.
Belle journée à toi ☀️
Oui, une femme étonnantement libre ! 🙏
Bonjour Matatoune, George Sand a eu une vie amoureuse particulièrement brillante et illustre ! C’est peut-être l’aspect de sa vie que l’on connaît le mieux mais aussi le plus intéressant. Merci beaucoup pour la présentation de cette biographie, excellente semaine à toi 🌞📚😎☀️
Ici c’est surtout le prétexte pour s’immerger dans ce XIXᵉ siècle où elle va faire partie de ce milieu intellectuel qui foisonne d’idées nouvelles. Merci de ta fidélité ! Excellente continuation 🍓🕶
Bonjour Matatoune. Ce portrait de George Sand à travers ses amours semble fort intéressant. Bonne journée
Oui, j’ai été passionnée par l’écriture de Stephane Guegan ! Excellente continuation !
Il pourrait rentrer dans notre challenge des 2 George. Je le note.